Masculinisme et métropoles : deux faces d’un même visage, celui de l’homme

Photo : La rue ou rien

L’urbain rimerait avec émancipation. Pourtant, pour Maële Giard, cette émancipation est non seulement un mirage, mais plus encore s’appuie sur le genre pour cultiver et perpétuer son message de grandeur. La construction patriarcale des villes est hostile au vivant et cela passe, d’abord, par l’oppression des femmes qu’elle permet. On débetonne et on détruit le patriarcat ?


« Y a comme un goût de viol quand je marche dans ma ville »

Diam’s, 2006

Quelle est la différence entre un homme qui colonise les territoires, qui accroit son pouvoir en dominant le vivant et une métropole qui cherche la compétitivité, domine et exploite les territoires, produit de la souffrance sociale et détruit les écosystèmes ? La réponse est qu’il n’y en a pas. Le projet de métropolisation du monde est un projet qui a toutes les caractéristiques de la masculinité. Expansion, contrôle, domination… voilà le credo des hommes et des villes. Un hasard ? Non. Les villes, et de surcroit les grandes, sont faites par les hommes et pour les hommes.

Loin d’essentialiser les hommes et les femmes – les caractéristiques attribuées aux hommes et aux femmes sont socialement construites – les particularités masculines seraient la puissance, la force, la compétitivité, l’autonomie (Dupuis-Déri, 2019). Il s’agit d’une construction qui repose uniquement sur un imaginaire tenace, mais qui façonne la socialisation des hommes et leur rapport au monde.

D’un autre côté, les villes s’érigent grâce à la science des grands hommes et à la sueur des bâtisseurs, tout cela sous l’égide de l’ordre d’un homme de pouvoir. A ce compte, les villes ne peuvent qu’être masculines et viriles. Dans cette quête urbaine « où sont les femmes » ? Et si, par cette chanson pop le machiste Jean-Michel Jarre s’inquiétait des conséquences du féminisme, nous pouvons aisément renverser cette interrogation : quelles sont les conséquences pour les femmes des constructions urbaines virilistes ? Comment se perpétue les dominations de genre dans les villes ? En somme, que révèle une lecture féministe de la ville ?

Devenir monde des métropoles : un projet par et pour les hommes

Pour comprendre l’oppression des hommes sur les femmes, et notamment la place de la ville dans ce processus, il semble nécessaire de revenir aux sources de cette aliénation et d’interroger certains mythes. Non, homo sapiens n’était pas fondé sur un modèle patriarcal, où l’homme irait chasser le mammouth et la femme resterait dans la caverne. La réalité est autrement plus complexe et grâce à la féminisation des professions de l’archéologie et de l’anthropologie, une autre histoire se révèle 1. On découvre notamment qu’avant l’apparition de l’agriculture (et de la propriété) les sociétés étaient plus égalitaires. 2. C’est avec l’apparition des premières cité-État qui émergent vers – 3 000 avant notre ère que des inégalités surviennent et se renforcent, avec au premier chef, celles entre les sexes (Scott, 2019).

Ces cité-États, reposant sur la concentration, la division du travail et s’appuyant sur des ressources (notamment agricoles) extérieures pour subvenir aux besoins de la population, constituent les premières formes de villes de notre civilisation. Dans cette organisation, les femmes sont écartées du travail agricole et se retrouvent dans la transformation des aliments et la cuisine, ce qui entraine un déséquilibre dans les relations entre les deux sexes et représente les prémices d’une domination des hommes sur les femmes. Plus encore, la concentration et l’agriculture supposent une augmentation de la main d’œuvre. Dès lors les ventres des femmes sont exploités à des fins de reproduction pour fournir la masse de travailleur agricole nécessaire. En somme, c’est à cette a période que commence la domination des hommes sur la terre et sur le corps des femmes : « Le prolongement de notre espèce est menacé aujourd’hui grâce à l’aboutissement des cultures patriarcales, par une folie et un crime. La folie : l’accroissement de la cadence démographique. Le crime : la destruction de l’environnement. Tous deux concernent la femme et passent par elle, en tant que détentrice des sources de procréation. » (D’Eaubonne, 1976, in Goldblum, 2019 : 64). La ville a donc une place importante dans la construction du patriarcat et dans l’exploitation du vivant, passant toutes deux par une subordination croissante des femmes par les hommes.

Les grandes villes constituent, aujourd’hui, le dernier avatar mais ô combien puissant de cette domination. Les métropoles sont non seulement le reflet du productivisme néolibéral sans limites (Faburel, 2018, 2019) et d’une colonisation du monde (Conseil Nocturne, 2019), mais elles sont aussi le visage d’un patriarcat hégémonique. Les grandes villes apparaissent avec l’industrialisation et la concentration des capitaux et des populations. Elles sont largement encouragées par des politiques d’aménagement et leur pouvoir est renforcé à partir des années 1980 avec la dérégulation des économies et la « décentralisation » des pouvoirs. Afin d’être toujours plus concurrentielles, notamment à l’échelle européenne, la fusion des communes est encouragée et l’on assiste à un engloutissement des territoires au profit des cœurs urbains.

Les métropoles s’étendent, écrasant les singularités spatiales et exploitent sans fin les habitant·e·s et le vivant pour la seule quête du capital et du profit.

Dans ce registre ostensiblement colonial, ces métropoles façonnent au premier chef des formes de vie s’incarnant par des systèmes de consommation qui, à l’exemple des loisirs, déterminent les constructions masculines des espaces de vie : « Flânerie, slowcity (la ville calme), urbanité douce : du bonheur pour les hommes, du stress supplémentaire pour les femmes, notamment pour les plus jeunes » (Raibaud, 2015 : 66). En effet, si les déplacements des femmes se font pour un point et un objectif précis, ils sont aussi soumis à un grand nombre de contraintes : de l’habillement à la trajectoire en passant par l’horaire de déplacement, tout est calculé et étudié pour éviter d’être importunée par les hommes dans l’espace public. Il existe une réelle peur, souvent inconsciente, de l’espace urbain qui se manifeste par l’adoption de tactiques d’évitement afin de faire face aux risques (Lieber, 2008).

Face à ce constat et en réaction aux chiffres de l’enquête sur les violences envers les femmes en France (dite Enveff, réalisée sous la responsabilité de Maryse Jaspard en 2000), la direction centrale de la sécurité publique n’a pas trouvé mieux que de nous conseiller de prendre « des précautions élémentaires ». Pour Marylène Lieber, ces recommandations « sous-entend[ent] qu’une femme seule ne devrait pas flâner sur la voie publique ou s’afficher trop ostensiblement, car elle prendrait le risque d’être agressée. Ce risque n’est ni discuté, ni remis en question, pas plus qu’il n’est considéré comme relevant de l’intervention publique : c’est aux femmes de faire attention » (Lieber, 2002 : 43-44). Le projet métropolitain, celui de la grandeur, de la densité, du divertissement et du loisir, engendre des souffrances pour nous les femmes : nos corps sont fatigués par la domination masculine qui leur impose certains comportements et sont, dans le même temps, exclus de nombreuses pratiques urbaines et d’une liberté de mouvement qui pourtant sont érigées comme le nec plus ultra des existences urbaines.

De plus, les grandes villes, par leur architecture et leur décor, incarnent toute la puissance masculine. A chaque coin de rue, nous retrouvons la mise en spectacle de l’hégémonie masculine : les misogynes sont fort bien représentés que ce soit Rousseau ou Freud, les violeurs sont magistralement exposés tel que Gauguin, les hommes politiques aux lois crapuleuses et autres saints plus patriarcaux les uns que les autres. Que ce soit le nom des rues, des places, des stations de métro ou encore des statues, les hommes sont mis à l’honneur et les femmes, elles, sont les oubliées de l’histoire. A Lyon, sur la totalité des rues, c’est seulement 1,1% qui portent le nom d’une femme, à Marseille 0,6 %, à Brest 1,6 %… A Paris, il existe seulement cinq stations de métro avec un nom féminin (sur les 302 que comptent le réseau), dont trois qui sont accolées aux noms de leur mari. Enfin, les statues des grands hommes aux larges chapeaux, aux longues épées sur des chevaux enragés s’exposent un peu partout dans les villes, tandis que les représentations de femmes sont soit des images de pieuses et de saintes soit des muses aux corps souvent dénudés. En somme, les femmes sont non-seulement sous-représentées dans les paysages urbains, mais elles sont aussi largement objectifiées, minorées et rabaissées.

Plus encore, à l’heure où se dessine les skyline métropolitaines, qu’est-ce que ces immenses tours de béton et de verre sinon des représentations à peine masquées de chibres et d’égo démesurés de certains hommes ? Les maires de chaque ville et les architectes s’affrontent dans une querelle absurde de grosseur/hauteur. L’architecture phallique symbolise, encore une fois, un pouvoir et une domination de l’homme. L’organe sexuel masculin est partout en ville, que ce soit dans la symbolique des tours ou dans les graphes de l’arrêt de bus. C’est d’autant plus risible, que, lorsqu’il s’agit de représenter un organe féminin, le monde entier se révolte et s’insurge contre ce blasphème, cette provocation ultime, comme en atteste la polémique autour du « vagin de la reine » de Kapoor dans les jardins de Versailles. Si la ville aujourd’hui engendre une architecture aux traits fort masculins, cela provient, notamment, du fait que les métiers de l’urbain sont majoritairement occupés par des hommes.

Tour Glòries Barcelone
Photo : Mariano Mantel

L’urbanisme : une affaire d’homme

Aujourd’hui, il existe en apparence une certaine mixité dans les professions de l’urbain. Néanmoins, de très grandes disparités persistent et la ville continue de se construire sur le credo masculin.

En premier lieu, il semble intéressant de souligner la très forte présence d’hommes aux postes de décisions les plus importants : selon la fédération nationale des agences d’urbanisme en 2019 sur les 50 agences 40 sont dirigées par des hommes. Plus encore, les titres et les prix sont aussi réservés à la gente masculine : sur les 27 éditions du grand prix de l’urbanisme il n’y a eu que 2 lauréates (Ariella Masboungi en 2016 et Paola Viganò en 2013). Et, même s’il y a la présence de femmes au sein des professions de l’urbain, celles-ci sont souvent contredites par des hommes « plus experts », des « plus compétents », des « plus objectifs ».C’est notamment ce que remarque Raibaud lors du « Grenelle des mobilités » (tenu en 2012 à Bordeaux) où, par exemple, les 10 experts présentant des « projets innovants » sont tous des hommes, les présidents de séances ignorent les demandes de prise de parole des femmes et où, quand elles parlent, elles sont souvent interrompues par le brouahah, des rires et des interventions sauvages (Raibaud, 2015). Enfin, la petite féminisation de l’urbanisme ne conduit pas nécessairement à une amélioration des conditions des femmes en ville : « Il y a plus de filles dans ces métiers [urbanistes et architectures] mais elles apprennent à avoir un regard masculin » (Denèfle, 2008, cité in Raibaud, op.cit.). Il semble alors nécessaire de questionner les formations qui conduisent à ces métiers.

Les métiers autour de l’aménagement sont irrigués par une vision très masculine. Dans les formations, les grands hommes sont mis à l’honneur, du Paris d’Haussmann au Barcelone de Cerdà en passant par le visionnaire Le Corbusier. Ce sont ces travaux et cette vision qui sont transmis aux futur·e·s praticien·ne·s : grandeur, magnificence et opulence pour de plus beaux centres-villes et quartiers urbains ! Dans ces grands discours, les expulsions et ségrégations que l’on doit aussi à ces « grands hommes » sont très souvent oubliées. Pour ce faire, les formations en urbanisme sont conditionnées par les savoir-faire techniques et leur rationalisation scientifique, accompagnées d’un management opérationnel tout cela au profit de la fabrication de l’urbain (Faburel, 2017). Cela ne permet évidemment pas une remise en question non seulement du système capitaliste urbain, comme d’accorder de la place à d’autres grilles de lecture et d’analyse. Les savoirs, dits féminins (encore une fois, ils ne relèvent pas d’une essentialisation mais d’une construction), tels que le soin, l’attention, le ressenti et l’empathie sont totalement absents ou dénigrés. En trois années de formation en urbanisme, je n’ai même jamais eu un cours dédié à la prise en compte des inégalités de genre dans l’aménagement des territoires, ni sur les femmes qui ont participé au façonnement des villes, ni sur la nécessité d’attention et d’empathie dans le travail de l’aménagement. Et rares, très rares, sont les enseignements proposant d’autres approches de l’urbain que celle de l’érection et du béton.

En revanche, on nous apprend que la participation est essentielle et qu’elle permet justement de rendre la ville accessible à tous (le masculin est choisi au regard de la population que ces scènes impliquent particulièrement). On pourrait alors dire que, pour corriger cette construction masculine de l’urbain, la participation habitante vient combler, ou du moins apporter un autre regard sur cette modélisation de la ville en intégrant les besoins et ressentis des femmes. Erreur. Il y a un renforcement des inégalités de genre sur les scènes participatives. Les dispositifs n’offrent que fort peu d’accès aux femmes. Les horaires de réunion qui sont souvent en fin de journée ou le week-end ne leur conviennent pas puisqu’elles doivent, encore, s’occuper des enfants et/ou du foyer. Ces lieux ne permettent pas l’accueil et la prise en charge des enfants. Le nombre de femmes y est donc très inférieur. Et qu’en est-il pour celles qui sont présentes ? Encore une fois, les prises de parole des femmes sont minorées, moins écoutées, souvent coupées. Leurs discours sont soit considérés comme non prioritaires, soit réduits à des intérêts particuliers qui iraient à l’encontre de l’intérêt général. « La prise de parole des femmes devient une prise de risque, alors qu’elles sont souvent les porte-parole de sujets occultés… » (Raibaud, Ibid. : 53).

Les scènes de participation, obligatoires à tous projets, sont donc peuplées d’une horde d’hommes, plutôt âgés, blancs, venant exprimer, eux, la bonne parole : évidemment rationnelle et universelle, compétente et techniquement étayée. Et ce, à l’image des experts de la grande ville.

Les chiens de garde du patriarcat urbain : les chercheurs

La ville fait couler beaucoup d’encre et accueille les passions et exaltations de nombreux chercheur·euse·s. Tout d’abord, les bibliographies en études urbaines et aménagement sont constituées essentiellement d’hommes qui non seulement véhiculent un regard masculin sur la ville, la grande, mais aussi façonnent leur pensée par leurs propres expériences en la matière. Ainsi, la ville de grande taille est souvent décrite comme un lieu d’accomplissement, de réussite et d’émancipation. Un système entier de valeurs y est associé : la réussite par la consommation, l’accomplissement par le rayonnement et l’attractivité, la sécurité par l’anonymat, l’ouverture par le multiculturalisme et la diversité… Ce métarécit de l’urbain est le fruit de travaux d’hommes, et la place de la femme dans ces villes n’est jamais questionnée.

Plus encore, à l’heure des métropoles, les chercheurs vantent leur inclusivité. Mais de quelle inclusivité s’agit-il ? Celle des jeunes hommes, cadres dynamiques, blancs à fort bagage culturel ? Certainement. Mais qu’en est-il des femmes ? Qu’en est-il des femmes noires qui prennent des transports à 5h du matin pour aller « nettoyer le monde » selon les termes de Françoise Vergès.

Qu’en est-il des mères de famille qui font deux fois plus de trajets en transports en commun, des prostitués qui vivent dans des quartiers insalubres et de toutes les femmes qui se font harcelées nuit et jour dans les rues des grandes villes ?

Parler d’inclusivité des villes lorsque l’on est homme c’est, d’une part, généralement prendre ses propres privilèges (avoir la possibilité de se déplacer librement, ne pas ressentir les regards objectifiants sur soi, ne pas être considéré comme un morceau de viande etc.) comme lunettes, et, de ce fait, ne pas pouvoir simplement voir les injustices que nous vivons. Bref, c’est participer de leur perpétuation.

D’ailleurs, ce sont par les mêmes discours que la ville est décrite comme le haut lieu de l’urbanité. Cette dernière est d’après Jacques Lévy un gradient qui couple densité et diversité sociétale. Les centres urbains offriraient un très fort degré d’urbanité au regard de la mixité fonctionnelle et sociale. Mais de quelle mixité parle-t-on ? Sûrement pas celle entre les genres. La présence des femmes dans l’espace public est de passage, nous nous rendont d’un point à un autre, sans nous arrêter. Quand il fait nuit, nos trajets sont étudiés à l’avance, et nous avons notre téléphone dans une main, dans l’autre nos clés. Je ne pense pas que l’on puisse parler d’urbanité quand la ville est une constante hostilité pour les femmes. Plus encore, l’urbanité est aussi le terme utilisé pour signifier la politesse et faire civilité, ce qui est encore plus risible quand on sait que 100% des femmes connaissent des situations de harcèlement dans les transports en commun. Il existe un abyme entre les écrits des chercheurs et la réalité des femmes dans la rue, sur les places et dans les transports.

Le comble de l’hypocrisie des chercheurs-commentateurs de l’urbain se trouve dans l’exaltation de la ville durable et verte. Outre le fait que cela n’a aucun sens de vouloir écologiser la grande ville, cette conception plutôt de l’environnementalisme gestionnaire participe très directement des inégalités de genre dans l’espace public. Premièrement, la place accordée au vélo. Il s’agit là certes d’un moyen de transport écologique, vantée par toutes les mairies fraîchement converties. Cependant, lorsqu’il faut se charger de transporter les enfants et de faire les courses, la pratique du vélo devient tout de suite plus compliquée. C’est aussi sans compter les injonctions vestimentaires de certaines professions qui dictent les tenues des femmes sur des critères (soyons honnête) d’inconfort. Le cyclisme est alors impossible pour de nombreuses femmes. De même, sous couvert d’écologie (et d’économie), les éclairages publics s’éteignent après une certaine heure, ou éclairent bien moins. Voilà une nouvelle barrière pour toutes les femmes qui voudraient sortir après une certaine heure. Enfin, l’incitation au compost et aux éco-gestes accroit la charge mentale des femmes qui prennent irrémédiablement, ici comme ailleurs, la responsabilité de ces pratiques (Lalanne et Lapeyre, 2009). L’environnementalisme urbain est, encore et toujours, pensé par les hommes et pour les hommes, ne prenant pas en compte les pratiques des femmes et renforçant les inégalités de genre. Or, nombre de chercheurs encouragent de tels desseins environnementaux des villes, tout comme également des chercheuses qui, comme nous l’avons vu, véhiculent des crédos masculins.

La ville, la grande, la métropole, est de facto masculiniste. Elle porte en elle un projet. Ce projet s’appelle le patriarcat qui repose sur la domination des hommes sur les femmes. Il est évident que ce dernier ne s’arrête pas aux lisières urbaines. Néanmoins celui-ci est, selon moi, beaucoup plus dangereux. Sous couvert d’émancipation et de libération, la ville produit des injonctions toujours plus fortes sur les corps des femmes et leurs mouvements. Tout un groupe d’hommes installés est là pour le conserver : de l’urbaniste au chercheur installé en passant par le siffleur et le harceleur. Un féminisme libéral voudrait avoir ces mêmes droits, prendre le pouvoir et adopter ces comportements. Je ne suis pas de cette veine-là. Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir sur des villes patriarcales. Il s’agit de détruire ces villes et ce par le système domination qu’elles construisent et perpétuent.

Pour un féminisme sauvagement libertaire !

Photo : Maële Giard

Maële Giard


Pour aller plus loin :

Conseil Nocturne, 2019, Habiter contre la métropole, Divergences,
100 p.

Françoise D’Eaubonne, 1976, Les femmes avant le patriarcat, Paris,
Payot, 239 p.

Sylvette Denèfle (dir.), 2009, Utopies féministes et
expérimentations urbaines
, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,
213 p.

Guillaume Faburel, 2017, « Les formations universitaires en urbanisme
en France : un nouveau gouvernement des corps (de métiers),  Cybergeo
: European Journal of Geography
, Débats, Les métiers de la ville,
[Disponible en ligne]

Guillaume Faburel, 2019, Les Métropoles Barbares. Démondialiser la ville,
désurbaniser la terre
, Lyon, Le Passager Clandestin, 431 p.

Michèle Lalanne et Nathalie Lapeyre, « L’engagement écologique au
quotidien a-t-il un genre ? », Recherches féministes, 2009,
vol. 22, no 1, pp. 47‑68. [Disponible en ligne]

Yves Raibaud, 2015, La ville faite par et pour les hommes, Paris,
Belin, Littérature et revues, 72 p.

James C. Scott, 2019, Homo Domesticus. Une histoire profonde des
premiers États
, Paris, La Découverte, 302 p.

Thinkerview, 2019, Crise de la masculinité ? Francis Dupuis-Déri, [Disponible en ligne]


  1. Pour certaines il s’agit de passer d’une « HIStory » à une « HERstory ». Voir à ce propos les écrits des écoféministes Mies, Ruether, Haraway qui mettent à mal le récit officiel où l’homme est central et revalorisent la place et le rôle des femmes dans ces sociétés.

  2. On le sait notamment grâce à l’étude de l’alimentation et des honneurs posthumes qui montrent la place des femmes dans la société. Voir à ce sujet le documentaire Arte « Des femmes au cœurs de l’histoire », mars 2020.

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